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Episode · Les aventuriers de l'Egypte antique

L’Egypte décodée

12 May 2026 · 25 min

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Salut c'est Bruno Sellot vous écoutez les aventuriers de l'Égypte antique un podcast de France Télévision bonne écoute l'Égypte ses pharaons légendaires et ses monuments majestueux ne cessent de nous fasciner pourtant Pendant des siècles, cette extraordinaire civilisation a été totalement oubliée, ensevelie sous les sables du désert. Des explorateurs venus de tout le vieux continent vont se livrer à une folle course au trésor. Ces aventuriers vont braver tous les dangers et s'emparer des plus belles antiquités au nom de leur pays.

Mais l'Egypte ne livre pas ses secrets si facilement. Comme les explorateurs qui l'ont précédé au pays des pyramides, Champollion va devoir repousser ses limites pour aller jusqu'au bout de son voyage et entrer à son tour dans la légende. Voici les aventuriers de l'Egypte antique. Champollion est redevenu le leader charismatique, joyeux et dynamique qu'il sait être. Tous les soirs, il ramasse les copies de ses artistes, il les annote et les classe précieusement et soigneusement dans un porte-documents.

Au sein du groupe, l'humeur est repassée au beau fixe. C'est l'euphorie, même si attention, le travail est intense et qu'on a accumulé un poil de retard. On est quand même là sur une belle équipe d'optimistes patentés. Trois mois après leur arrivée en Égypte, Champollion a déjà récolté plus de 300 pages de dessin. Avec ses seules richesses, mon voyage d'Égypte serait déjà bien rempli, écrit-il à son frère. Et pourtant, c'est loin d'être terminé.

Au milieu de l'Égypte, le bateau traverse des zones réputées pour être infesté de crocodiles. L'équipage n'en mène pas large. Pour rattraper le retard accumulé, Champollion décide de ne plus s'arrêter. Il veut atteindre au plus vite le but ultime de son voyage, le cœur de la Nubie. Mais de nouveaux problèmes de santé viennent contrarier ses plans. Champollion et ses hommes doivent se mettre en pause forcée. Ils trouvent refuge sur l'île de Philae.

Terrassé par une violente crise de goutte, Champollion passe huit jours alité dans un des sept temples de l'île construit à la période gréco-romaine. Tenez, parle doucement, doucement. Les Argonautes font tout leur possible pour réconforter leur général, mais Champollion, qui souffre le martyre, broie du noir. Il était coincé dans son lit, étudiant les inscriptions qu'il parvenait à voir. Ses yeux se fixaient sur ces colonnes très élaborées, ornées de décorations florales très, travaillées. Dans l'Égypte antique, les colonnes étaient plus simples, le style était minimaliste.

Il les regardait, il ne les aimait pas. Il les qualifia de barbares, de formes dégradées du style égyptien. Pour lui, comme pour la plupart des gens, au début du 19e siècle, le style classique gréco-romain était bien connu, mais lui, ce qu'il recherchait, c'était l'Égypte antique véritable, celle qui datait d'il y a 3 ou 4000 ans, pas l'Égypte gréco-romaine remontant seulement à 2000 ans. Chaque Champollion s'est reposé pendant 8 jours.

Il était de plus en plus frustré d'être malade et de ne pas pouvoir se déplacer. Un aspect intéressant de sa personnalité, c'est qu'il était notoirement caractériel. Il était brillant, très érudit. Il pouvait être un ami et un compagnon formidable. Mais il pouvait aussi se montrer grincheux, obtus et colérique. Cela fait six mois qu'il est en Égypte. Il fait chaud, la nourriture n'est pas bonne. Quand vous êtes épuisé par de trop longues heures de travail et que vous passez tout votre temps avec le même groupe de personnes, une certaine frustration peut se développer.

Les autres membres de l'expédition venaient lui montrer leurs dessins, le consulter et discuter avec lui. Champollion était très intéressé par le mythe d'Isis et d'Osiris. Ce mythe raconte que le roi Osiris est assassiné par son frère, mais que grâce à son épouse, la déesse Isis, Osiris revient à la vie. Et pour le faire revivre, Isis a réalisé avec le corps d'Osiris la première des momies de l'histoire. Ce mythe était au cœur de la royauté en Égypte antique et il fascinait Champollion, mais il lui inspirait également des idées troublantes qui le déstabilisaient.

Nous savons, grâce à sa correspondance personnelle avec son frère, que le mythe d'Isis et d'Osiris ébranlait les bases mêmes avec lesquelles il avait grandi, les fondements de la religion judéo-chrétienne. Champollion était particulièrement perturbé par la notion de résurrection. L'idée centrale de la religion chrétienne, c'est que Jésus est ressuscité. Et Champollion voit qu'Osiris est ressuscité. Il commence à se dire que ces idées judéo-chrétiennes viennent peut-être de l'Égypte antique, voire de mythologies plus anciennes.

Et cela le terrifie. C'est une idée qu'il n'ose même pas exprimer à voix haute. C'est un Champollion valétudinaire et grottant, quasiment cacochyme, enfin très mal foutu quoi, qui repart après cette pause forcée de 8 jours à Philae. entre-temps, les premières lettres d'Europe sont arrivées, des courriers de son frère, de son épouse, Rosine, mais rien en revanche de la poétesse italienne qui fait battre son coeur. Bref, mi-décembre, l'expédition s'enfonce en Nubie, atteint le tropique du cancer, et là, Tous sont stupéfaits par le froid qui règne sous ces latitudes.

Ce froid perçant lui rappelle celui des dortoirs de l'internat de son enfance. C'est à cette époque que sa santé avait déjà commencé à se dégrader. Champollion a le cœur gros et il est d'humeur massacrante. Mais heureusement, le 29 décembre au matin, ils aperçoivent les temples d'Abou Simbel. Pour tous, C'est une véritable déflagration visuelle. Champollion est époustouflé et il écrit à son frère. Le temple d'Abou Simbel vaut à lui seul le voyage en Nubie.

C'est une merveille. Il a retrouvé exactement ce que Belzoni avait trouvé à son arrivée. Il y avait du sable jusqu'au sommet des têtes des statues de Ramsès II. Tout était recouvert. Son équipe a donc dû à nouveau creuser pour accéder au temple. Champollion arrive ici pour copier toutes les inscriptions et vérifier sa compréhension de plus en plus fine des hiéroglyphes. L'équipe commence par fixer sur le papier l'aspect extérieur du site.

Puis il se glisse à l'intérieur où la température atteint les 51 degrés. Dans cette étuve, les dessinateurs se transforment en équilibristes. Il se hisse jusqu'à 8 m du sol pour copier toutes les inscriptions. Pour Champollion, c'est encore plus pénible. Le Français, touché par une nouvelle crise de goutte, travaille jusqu'à l'épuisement. Son acharnement force l'admiration de ses camarades et apaise l'ambiance tendue des dernières semaines.

Abou Simbel était un défi de taille pour Champollion, qui voulait reproduire les murs de ce temple. Il ne pouvait utiliser que de petites bougies, pas de torches. Il n'y avait pas assez d'oxygène. Au bout de 2 ou 3 h de travail d'affilée, il s'évanouissait à cause de la chaleur et du manque d'air. C'est assez troublant de voir ces dessins de Champollion. a-t-il inventé tout ça ? Est-ce artistique ou purement fantaisiste ? Et d'où viennent toutes ces couleurs ?

On voit des traces de couleurs rouges sur ces dessins d'hommes et des couleurs plus foncées sur la coiffe. La question qu'il faut se poser maintenant, c'est : qu'est-il arrivé à ces couleurs ? Deux cents ans plus tard, il n'en reste plus que d'infimes traces. Ce qui s'est passé est en partie dû à l'exposition à l'environnement naturel, à l'humidité, à l'air. Mais certains des tout premiers explorateurs, il y a 200 ans, ont aussi contribué à effacer les couleurs.

L'une des méthodes qu'ils utilisaient pour copier les dessins consistait à les recouvrir de plâtre. Lorsqu'ils décollaient cette couche de plâtre, les couleurs partaient avec elle. Le beau sacrifié au nom de la connaissance. Les égyptologues, comme moi, utilisons encore aujourd'hui le travail de Champollion. Sans ces relevés, nous ne saurions pas à quoi ressemblaient ces temples à l'époque antique. Ces documents sont donc essentiels. Sans eux, nous ne disposerions pas d'une grande partie des connaissances que nous avons aujourd'hui.

C'est de là, au fin fond de la Nubie, dans les tout premiers jours de l'année 1829, que Champollion rédige sa 2e lettre à Monsieur Dacier. Ce courrier adressé au secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et des belles lettres a comme un parfum de revanche. Ça fait des mois que Jean-François Champollion le cogite, le travaille. Monsieur bon Joseph Dacier, car tel est son nom, est celui à qui Champollion a écrit sept ans auparavant, en septembre 1822, pour annoncer qu'il pensait avoir révélé la clé du système hiéroglyphique.

Si Monsieur Dacier l'a certes toujours soutenu et croyait en lui dur comme fer, d'autres membres de l'Académie ont ouvertement douté et continuent de tergiverser sur le sujet. Alors ? Après cinq mois à déchiffrer des inscriptions in situ, Champollion peut enfin affirmer ses dires et conclure sa première lettre de 1822. Et surtout, fermer définitivement le clapet des soupçonneux et autres sceptiques. Parce que ça, le. Moi, pareil d'ailleurs.

1er janvier 1829. Monsieur, je suis fier que, ayant suivi le cours du Nil depuis son embouchure jusqu'à la seconde cataracte, J'ai le droit de vous annoncer qu'il n'y a rien à modifier dans notre lettre sur l'alphabet des hiéroglyphes. Notre alphabet est bon. Il s'applique avec un égal succès aux monuments égyptiens du temps des Romains et aux temples, palais et tombeaux des époques pharaoniques. Deux mois plus tard, l'expédition, qui redescend le Nil par étapes, est revenue au cœur de l'Égypte et jette enfin l'ancre à Thèbes.

Les bateaux s'amarrent devant le temple de Louxor, Louxor qui a donné son nom à la ville moderne. Et au grand désespoir de Champollion, un village et une mosquée recouvrent désormais les vestiges de ce temple pharaonique. Alors, Messieurs, à vos pelles et à vos pioches. Malgré toutes les difficultés d'accès, Champollion se rend compte qu'effectivement, toute la partie avant est une construction de Ramsès II. Mais la partie arrière est beaucoup plus ancienne.

Finalement, un temple s'est un peu construit comme une pelure d'oignon où les couches se rajoutent au fur et à mesure des rois qui décident d'ajouter une cour, un portique ou une chapelle. Et c'est lorsqu'il a tous ces hiéroglyphes et tous les vrais monuments sous les yeux que là, Jean-François Champollion peut vraiment mettre à l'épreuve sa grammaire. Enfin, il arrive vraiment à lire de façon fluide ce qu'il a sous les yeux. Et là, c'est toute une civilisation qui se révèle à lui, et c'est presque vertigineux.

Et il le dit lui-même d'ailleurs, il comprend tellement que ça l'effraie parce que il est le premier sur la terre à avoir de nouveaux accès à une histoire, à des noms, à des dieux, à des concepts. Et c'est presque trop pour un seul homme. Dès qu'il voit les 2 obélisques de Louxor, Champollion comprend immédiatement ce qu'il doit ramener en France. Et le voici qui prépare ses préconisations auprès de ses relais à Paris. Il écrit. Si le gouvernement veut un obélisque à Paris, il est de l'honneur national d'avoir un de ceux de Louxor, celui à droite en entrant, monolithe de la plus grande beauté et de 70 pieds de hauteur.

Ça nous fait environ du 22 m, monument à la gloire de Ramsès le Grand, d'un travail exquis et d'une étonnante conservation. Et ce sera fait. Un an plus tard, début 1830, puisque Mehemet Ali l'offre à Charles 10, le roi de France, qui d'ailleurs n'aura même pas le loisir de profiter de ce cadeau qu'on pourrait dire adieu puisqu'il abdique 6 mois plus tard. De toute façon, entre le don et l'arrivée du bibelot antique, 6 ans vont s'écouler.

Car après un transport pour le moins tumultueux entre Louxor et Paris, il ne trônera que le 25 octobre 1836 au centre de la place de la Concorde. Mais finalement, pourquoi mettre un monument égyptien, a priori extérieur à notre histoire nationale, au milieu de cette ancienne place royale, puis devenue républicaine et maintenant concorde ? Eh bien, parce qu'il semble à Louis-Philippe, successeur de Charles X, que c'était l'emplacement idéal pour éviter les querelles nationales et les récupérations partisanes.

En tout cas, c'était son idée. Maintenant qu'il est à Thèbes, Champollion sent qu'il ne va pas avoir trop des six mois qui sont normalement prévus. pour faire le tour de tout ce qu'il doit expertiser et dessiner. Car la région de Thèbes, c'est l'Égypte pharaonique en concentré. Alors, les journées de travail s'allongent encore. Et c'est déjà l'heure d'un bilan d'étape. En sept mois, les membres de l'expédition ont produit plus de 6 000 dessins scrupuleusement exacts.

« Mais il reste tant à faire que j'en suis presque effrayé », écrit Jean-François à son frère. Après Louxor, l'équipe investit le temple de Karnak. Champollion décrit l'endroit comme un amas de constructions merveilleuses, une forêt de pierres effondrée dans un désordre complet. Partout, il cherche des noms royaux qui pourraient être gravés. Le plus ancien qu'il relève ici est celui d'un souverain nommé Améléma Ier, qui a régné 2000 ans avant notre ère, et le plus récent est celui de l'empereur romain Auguste. 2000 ans séparent ces deux rois.

Ce qui veut dire au passage que pendant ces deux millénaires, Karnak est resté le centre de la vie religieuse égyptienne. Vertigineux aujourd'hui. La salle hypostille où nous trouvons avec ses 134 colonnes, 134 rappelle à Champollion une basilique. Là m'a paru, écrit-il, toute la magnificence pharaonique, tout ce que les hommes ont imaginé et exécuté de plus grand. Ici, Champollion mesure le travail immense auquel les générations à venir devront s'atteler.

Et c'est vrai que 200 ans après ce constat, ce travail se poursuit encore ici même. L'arrivée à Thèbes est une période heureuse pour Champollion et ses hommes. Dans une peinture, Giuseppe Angelelli, l'un des peintres de l'expédition, immortalise ses camarades d'aventure. dans leurs costumes locaux devant les vestiges de la ville. Quelques semaines plus tard, en avril 1829, l'équipe traverse le Nil. Ils travaillent maintenant sur la rive ouest, celle des tombeaux et de la vallée des Rois.

Une vallée aride et inhospitalière où rien ne pousse et où l'ombre est rare. Alors, un seul choix s'impose à eux. En avril 1829, Champollion et toute l'expédition franco-toscane aménagent dans la tombe de Ramsès IV. La température y était très bien régulée. Il pouvait faire 50 degrés pendant qu'il travaillait à l'extérieur, mais généralement à l'intérieur, il faisait 20 degrés de moins. Assez vite, on a appelé cette tombe la maison de Champollion.

Il qualifiait l'endroit de demeure princière et on imagine aisément, avec son obsession pour la langue et la culture égyptienne, qu'il devait être heureux d'être entouré de hiéroglyphes et d'un ciel étoilé au plafond. À l'extérieur, les choses étaient bien moins paisibles et peut être était il d'autant plus reconnaissant de l'abri que leur offrait cette tombe. Champollion raconte qu'un de leurs serviteurs a découvert un matin avec consternation que son âne avait été dévoré par des animaux du désert.

Donc vous voyez, même si l'endroit était inspirant, il y avait un réel danger à se trouver là. Depuis son arrivée à Thèbes, Champollion est surexcité, quasi en transe. On ne l'arrête plus. Pour mieux se concentrer, il exige désormais d'être seul quand il travaille dans les tombes. À l'aube, il pénètre donc un tombeau pour y entendre la voix des ancêtres. Ce sont ses mots. Il s'attelle à cette tâche toute la journée, en oubliant même de se nourrir.

On est sur du syndrome Nosferatu, c'est carrément flippant. Le séjour dans les tombes de la rive ouest de Thèbes devait durer 3 semaines, et voilà 3 mois qu'ils sont là. L'épuisement guette, c'est pas étonnant. D'ailleurs, Champollion est pris de violentes quintes de toux qui n'en finissent plus. Et un soir, Rossellini le retrouve même inanimé sur le sol. Quand je vous dis que c'est flippant, il mange mal, il dort mal et il prend à peine le temps de sortir à la lumière du jour, sauf parfois pour partager par écrit ses impressions à son frère.

Jeté depuis des mois au milieu des monuments de l'Égypte, je suis effrayé de ce que j'y lis, plus couramment encore que je n'osais l'imaginer. Beaucoup de choses que je soupçonnais vaguement ont pris ici un corps et une certitude incontestables. En réalité, Champollion a le moral dans les babouches. Oui, il pense à sa fille qu'il ne connaît presque pas, alors qu'elle a déjà cinq ans. Tous ces sacrifices en valaient-ils la peine ? N'est-il à sa place qu'avec les hiéroglyphes ?

En attendant ses coéquipiers, eux, ils se lâchent. Ils en peuvent plus de ces cadences infernales infligées par leur général, alors certes tourmentés par des questions existentielles, légitimes, profondes, mais qui, dans les faits, est surtout odieux, insupportables. Alors, la révolte gronde. Eh oui, Nestor Laut, pourtant un fervent admirateur de la première heure, est parmi les plus virulents, il clame, je le cite, son indigestion de hiéroglyphes. Ah ouais, bref, après un an de travail acharné, on l'a compris, il est temps que cette expédition se termine avant qu'elle ne vire à un voyage au bout de l'enfer.

Les dernières semaines sont pesantes mais fructueuses. L'équipe réussit à boucler le programme prévu dans son intégralité. Sur le trajet du retour, Champollion s'isole. Il est à bout de forces et se sent écrasé par la masse d'informations qu'il doit maintenant compiler. Il sait qu'il lui faudra des années pour tout classer, tout mettre en ordre. Mi-septembre 1829, Champollion fait charger ici, au Caire, toutes les caisses d'antiquités qu'il a collectées pour le musée du Louvre.

La pièce maîtresse est un bas-relief que Champollion a prélevé dans la tombe du pharaon Sétie Ier, découverte pour les Britanniques par l'Italien Belzoni. Champollion n'a pas pu résister. C'est une pièce capitale qui vaudra à elle seule une collection, écrit-il. Elle me vaudra certainement un procès aussi avec les Anglais. Mais de deux choses l'une, ou mon bas-relief arrive à Toulon, ou bien il ira au fond de la mer ou d'une île. Ici, la guerre des Antiquités est loin d'être terminée.

Arrivé à Alexandrie, Champollion doit attendre un bateau pour la France qui n'arrivera pas avant de longues semaines. Alors, il met ce temps à profit pour compléter encore sa moisson d'objets pour le Louvre. Dans la collection d'un marchand d'art grec, Champollion déniche un autre objet qu'il ne peut pas laisser passer. C'est une petite statue en bronze. Elle mesure une soixantaine de centimètres de haut. Elle est entièrement incrustée d'or et d'électrome.

Champollion déclare « Elle est d'un travail exquis. C'est le plus bel objet connu de ce genre. Champollion s'attelle aussi à la rédaction d'un mémoire destiné au Pacha Mehemet Ali. Celui-ci porte sur la préservation des monuments. Malgré le bas-relief qui l'a fait ciller dans la tombe de Séti Premier, Champollion dénonce ce qui saccage les antiquités partout dans le pays. Il remet ce travail en main propre au Pacha et plaide auprès de lui pour que les monuments et objets d'art égyptien restent en Égypte.

Une idée qui, doucement, va faire son chemin. Le 5 décembre 1829, profitant enfin d'une météo favorable, Champollion quitte Alexandrie au terme d'un voyage qui aura duré un an et demi. Épuisé mais heureux, Champollion écrit enfin, le grand Amon veut bien me permettre de dire adieu à sa terre sacrée. Je quitte l'Égypte comblée des faveurs de ses anciens et modernes habitants. Et il confie aussi j'ai amassé du travail pour une vie entière.

Une vie qui sera malheureusement bien trop courte puisque Champollion meurt prématurément deux ans plus tard. Éreinté par ce voyage, consumé par ce travail qu'il absorbe entièrement, il succombe à une attaque cérébrale à l'âge de 41 ans. C'est son frère aîné, Jacques Joseph, qui termine et publie son travail à sa place, tandis qu'Hippolito Rossellini publie de son côté en Italie l'ouvrage qu'il devait écrire à 4 mains. Avec la mort de Champollion, l'égyptologie perd son premier soliste de génie, mais sa partition va faire naître pléthore de virtuoses.

Le prochain maestro des hiéroglyphes sera Prussien, Richard Lepsius, et avec lui, un nouvel empire européen vient réclamer sa place dans le grand orchestre égyptien. C'était les aventuriers de l'Égypte antique, un podcast de France Télévision. S'il vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner pour ne pas manquer les prochains épisodes. Vous pouvez également retrouver le documentaire en vidéo sur la plateforme France.tv. À bientôt.

Transcript supplied by the publisher with the episode.

Podcast

Les aventuriers de l'Egypte antique

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